De l’actuelle pertinence de la notion d’ennemi dans les relations internationales (1)

“Pourquoi ce trouble, cette subite

inquiétude ? -Comme les visages sont graves !

Pourquoi places et rues si vite désertées ?

Pourquoi chacun repart-il chez lui le visage soucieux ?

Parce que la nuit est tombée et que les Barbares ne sont pas venus

et certains qui arrivent des frontières 

disent qu’il n’y a plus de Barbares.

Mais alors, qu’allons-nous devenir sans les Barbares ? 

Ces gens étaient en somme une solution.”

Ainsi se clôt la vaine attente de l’ennemi, de celui qui n’est pas venu et qui ne viendra plus. Les “toges rouges brodées”, “bracelets sertis d’améthystes” et autres sublimités  fièrement arborées dans le but d’éblouir les Barbares apparaissent bien ridicules une fois cette promesse dérobée. Le faste n’est plus qu’absurdité et l’ardeur collective n’a d’autre choix que de s’éteindre, laissant place au délitement et à l’incompréhension; l’absence de l’ennemi plonge dans les affres de l’insignifiance une collectivité dont le sens était dicté par la seule attente des Barbares. 

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Les Hauts-Quartiers, Paul Gadenne

Publié posthumement en 1973, Les Hauts-Quartier est l’ultime témoignage légué par P. Gadenne.Le XXI°s n’ayant toujours pas tiré ce dernier du puit d’ombre dans lequel le XX°s l’aura laissé, une brève présentation s’impose. Auteur du XX°s en quête d’absolu religieux au milieu d’une modernité rugissante, P. Gadenne pourrait imprudemment être rangé aux côtés de Bernanos, dans la lignée des Bloy et Barbey d’Aurevilly. Si, par les thèmes qu’il charrie tout au long de son oeuvre -qui sont ceux d’un esprit en recherche de spiritualité dans un monde désenchanté-, Gadenne s’inscrit bien dans une telle lignée, s’en tenir à de telles banalités ne permettrait pas d’en saisir la singularité littéraire. En effet, là où les auteurs chrétiens du XIX° et XX°s réagissent à une assourdissante modernité avec non moins de fracas, conjuguant lettres de feu et voix fiévreuses aux accents prophétiques, la langue de P. Gadenne habite elle le silence et l’absence. Loin des protubérances stylistiques de Bloy ou du souffle exalté d’un Bernanos, Gadenne écrit un style simple et dépouillé, dans une perpétuelle recherche de l’effacement. Ecrire n’est alors plus vocifération, habituelle réaction face à l’incompréhension, mais geste de dénuement se dressant poétiquement comme une authentique rupture devant les incessants tonnements du monde moderne.

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Risque, science et modernité : le droit des libertés à l’épreuve de la pandémie

Il s’agit ici d’une réaction aux libres propos tenus par Patrick Waschmann dans le Club des Juristes. La grande justesse des problématiques soulevées ainsi qu’un certain nombre de désaccords nous ont semblé propices à la discussion. Les propos ici commentés sont librement consultables sur le site du Club des Juristes.

“L’insécurité ne naît pas seulement de la présence de la maladie, mais aussi d’une déstructuration des éléments qui constituaient l’environnement quotidien. Tout est autre.” Ainsi, dans La Peur en Occident Jean Delumeau témoigne de l’ébranlement que connurent à leur naissance les sociétés modernes lors des épidémies qui eurent lieu de 1348 au XVII°s. La modernité se forma en réaction à cette liquéfaction des sociétés, à cet “abandon des coutumes les plus profondément enracinées dans l’inconscient collectif”, par une disciplinarisation chrétienne des comportements : danse, jeux et fêtes païennes sont proscrits et condamnés afin de se conformer au modèle dit de la “cité assiégée”, la communauté se réorganisant et se définissant alors en opposition aux ennemis tant intérieurs (l’hérétique) qu’extérieurs (le Turc) afin de s’affirmer et d’échapper à l’angoisse caractérisant de tels moments.

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