Les Hauts-Quartiers, Paul Gadenne

Publié posthumement en 1973, Les Hauts-Quartier est l’ultime témoignage légué par P. Gadenne.Le XXI°s n’ayant toujours pas tiré ce dernier du puit d’ombre dans lequel le XX°s l’aura laissé, une brève présentation s’impose. Auteur du XX°s en quête d’absolu religieux au milieu d’une modernité rugissante, P. Gadenne pourrait imprudemment être rangé aux côtés de Bernanos, dans la lignée des Bloy et Barbey d’Aurevilly. Si, par les thèmes qu’il charrie tout au long de son oeuvre -qui sont ceux d’un esprit en recherche de spiritualité dans un monde désenchanté-, Gadenne s’inscrit bien dans une telle lignée, s’en tenir à de telles banalités ne permettrait pas d’en saisir la singularité littéraire. En effet, là où les auteurs chrétiens du XIX° et XX°s réagissent à une assourdissante modernité avec non moins de fracas, conjuguant lettres de feu et voix fiévreuses aux accents prophétiques, la langue de P. Gadenne habite elle le silence et l’absence. Loin des protubérances stylistiques de Bloy ou du souffle exalté d’un Bernanos, Gadenne écrit un style simple et dépouillé, dans une perpétuelle recherche de l’effacement. Ecrire n’est alors plus vocifération, habituelle réaction face à l’incompréhension, mais geste de dénuement se dressant poétiquement comme une authentique rupture devant les incessants tonnements du monde moderne.

C’est cette même recherche du silence qui anime Didier, personne principal du roman. Jeune écrivain mystique, Didier incarne cette impossibilité d’accéder à la sainteté sur laquelle l’homme moderne ne peut plus que buter. La ville est ce lieu où cette vérité lui sera imposée : que ce soit au contact des bourgeois et clercs empâtés, dont l’ostentatoire étalage de vertus n’empêche aucunement leur perfidie d’embaumer toute la ville, ou à celui de la tourbe bruyante et grossière, se vautrant avec complaisance dans la boue de leurs bas-instincts, la transcendance est impossible. Didier est alors cet homme piétiné en proie à une irrépressible déréliction : âme, corps et habitat flétrissent tous dans un même mouvement inexorable, celui d’une lourde chute dans les tissus souillés de la modernité.

La ville apparaît comme ce lieu désanimé qui abolit la vie interne, allant jusqu’à dérober à Didier le silence, délicate condition de tout recueillement. Tout n’est plus que masque, bruit, langage vicié et mécanique dont la lettre visqueuse empêche tout envol de l’esprit. Lui étant ôté jusqu’à l’écriture, il ne reste alors à Didier plus qu’une voie : se réduire, descendre au plus bas, s’effacer pleinement de ce monde. Au bout de ce chemin de croix apparaîtra l’ultime salut : l’Amour. Celui porté à l’humble travailleur, à la pauvre fille méprisée, à tous les humiliés et offensés. En proie aux affres de la tuberculose, et peu avant de réaliser le dernier voyage, Didier touchera du doigt la lumière, enfin emporté par une fulgurance de la grâce vers cet ultime îlot de paix : « Le soir était tombé tout à fait. Didier se retrouva à genoux, tout tremblant, aux pieds de l’homme, ses mains crispées sur les pantalons de coutil et des sanglots lui venaient à la gorge» puis accédant à la paix, enfin ! : «Oui ! Oui ! disait une voix en lui. Oui !…» Il entrouvrit les lèvres. « Son Corps. Quelqu’un a-t-il jamais senti cela ? Ou l’a-t-il cru ?… Vécu ?… Le corps du Christ ! Pas en image, mais…» Il aurait voulu ôter ce voile qui lui brouillait la vue. Soudain sa bouche se remplit de sang. Les clochers s’élancèrent avec un sifflement, projetés verticalement contre le ciel. […] Un ciel vermeil. Une douleur intolérable, foudroyante. Christi !…»

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